Cet homme était si multiple que l'enfant avait du mal à rassembler toutes les particules, particules informes, dissemblables, opposées entre elles, impossible de former un tout avec tous ces morceaux !
Sa mère interprétait toutes choses, fallait-il s'en méfier, était-il voleur ce rodeur, l'enfant n'était pas tranquille, elle aurait voulu savoir, être sûr que cet homme serviable n'était pas un monstre, que cet homme ne cachait pas en lui toute une noirceur inconnue.
Elle se demandait si sa femme qui jouait si bien la petite fille savait tout ce dont on l'accusait.
Eva ne voulait pas savoir, elle ne voulait pas réfléchir, elle ne voulait pas raisonner. Tout cela, elle le faisait dans son travail bien appris, bien rabâché de la banque, elle était une employée modèle respectueuse de la hiérarchie et elle ne souhaitait pas être chef, elle ne voulait pas être partagée entre les intérêts de l'entreprise et ceux des clients.
Donc dans sa vie de couple, elle ne voulait rien savoir, rien deviner, rien interprêter sur ces absences répétées et sur sa cure thermale à l'autre bout de la France.
Peu de nouvelles pendant cette absence, quelle était donc cette cure de rajeunissement ?
Eva se contenta de ses deux lettres reçues, des lettres qui paraissaient aimables mais non amoureuses, des lettres avec une langue de bois.
Elle ne pouvait envisager son départ, c'était impossible, n'avait-il pas déjà divorcé une fois, il n'était pas une star, cela coûtait cher et il était très avare.
Elle chassait tout pressentiment de séparation, cela était impossible, elle avait besoin de lui, il était indispensable à sa vie. Mais lui, n'avait plus besoin d'elle, ils s'étaient serrés la ceinture, ils avaient acheté cet appartement rue de la banque mais il ne voulait plus de cette routine quotidienne.