C'était le grand silence, c'était la grande ignorance.
Que pensait-il dans son ermitage, que faisait-il ? Etait-il au jardin avec un livre, était-il en haut dans son bureau avec son téléphone, était-il au milieu de ses roses aux doux parfums, était-il chez sa soeur ou en ballade avec ses petits enfants. Elle enviait sa soeur qui pouvait aller chez son frère au gré de ses désirs, même les voisins entraient librement chez lui !
Elle était toujours l'invitée ; si elle avait demeuré chez lui pas de grand changement, tout lui était étrange : l'ameublement, les rideaux, l'armoire de sa grand-mère transformée en bibliothéque, les peintures chinoises, les calligraphies, les statuettes et d'autres objets artistiques énigmatiques pour elle.
Rosine n'entrait pas dans son univers ou si peu, elle ne comprenait pas ses rituels qui l'agaçaient et tout ce qui était trop raisonné, trop calculé, trop médité et aussi ce qui était ressassé, réinventé. Elle ignorait la cause profonde de ses actions, pouvait-il analyser ses refus, ses invitations trop rituelles pour qu'elle apprécie pleinement. Ne laissait-il jamais rien au hasard ?
Une fois passer l'agacement du coup de téléphone rituel du vendredi soir, c'était avec joie et empressement qu'elle le rejoignait dans sa maison avec son jardin, ses arbres, la colline et toute la campagne.
Elle venait avec légèreté, elle ne voulait pas peser sur sa vie, elle souhaitait qu'il soit heureux, qu'il fasse ce qu'il veut et elle profitait au maximum de son accueil de deux jours.
Elle travaillait toute la semaine, elle avait un week-end sur deux ou sur quatre et parfois elle devait annuler son séjour toujours souhaité, toujours désiré.
Enfin se disait-elle mieux vaut cette vie là qu'une vie commune avec ses pesanteurs, ses raideurs, ses ennuis, ses agacements, ses refoulements, ses répétitions, ses déserts, ses harcèlements, ses tristesses, ses répugnances, ses disputes, ses fausses ruptures.
Quand elle réfléchissait, l'avenir lui paraissait sombre, il allait vieillir vite, peut-être souhaiterait-il moins sa présence. Elle avait encore vingt ans à travailler !
Mais malgré la différence d'âge, l'amour se transformerait et traverserait les montagnes les plus infranchissables !